Robert...
J’entre à sa suite
et me dirige vers mon sac, la loge me semble pleine de monde, mais je
ne vois personne car en face de moi à l’autre bout de la
pièce, Robert s’apprête à repasser sa
chemise…
Je suis foudroyée par la
conscience aigue d’être totalement déplacée,
bête et insignifiante: que dire? que faire? me taire, c’est
plus prudent! Il regarde dans ma direction, pas du tout
étonné, et me fait un de ses sourire en coin que nous
connaissons toutes… Les cerbères qui protègent
l’accès à ce monde du sacré s’agitent,
mais Robert se dirige vers moi en me tendant sa main… Olivier
leur explique précipitamment la présence en ces lieux de
l’indigne profane:
"Elle a gagné le concours pour venir à Tunis!"
"Quel est exactement l’objet de ce concours?" demande Robert.
"To see you!" dis-je en cœur avec Olivier.
"Sacrebleu!" s’écrit-il en Français, en écartant les bras dans un éclat de rire…
Je le regarde
béatement… Il est vieux et moche, grand et mince, tout en
noir dans un genre de survêtement ajusté à sa
ligne, et je ne peux m’empêcher d’admirer sa
chevelure superbe… les cheveux de Robert Plant…
Tout le monde parle, moi je ne comprends rien.
Je ne sais plus ou me mettre ni que faire…
J’aperçois Justin
qui fait mine de sortir, je m’ éclipse avec lui,
soulagée mais encore toute émue de ces quelques secondes,
et pleine de sentiments contradictoires qui vont de la honte de
n’avoir pas été à la hauteur, bien
sûr, jusqu'à la puérile
félicité de m’être réchauffée
quelques instants à son charme irradiant… absolut fan...
Je retrouve Justin dans la cour
des loges et lui montre mes photos; il passe les doigts sur la
matière de la peinture… je lui tends un feutre pour
qu’il me signe la sienne mais il paraît hésitant:
"Une signature comment? en bas, ici ?", cet homme est trop modeste…
"Oui tu me fais une grande signature, là!"
Il s’exécute gentiment et me dit qu’il doit retourner dans la loge pour se préparer, et pour…
"Repasser ta chemise!" m’écriais-je…
Il acquiesce en souriant d’un air plutôt dubitatif et
repart vers la loge… mais pourquoi donc suis-je
obsédée par cette histoire de chemise?
Olivier me rejoint, le concert
va commencer, il me faut quitter les lieux à présent
réservé aux officiants et à leur cercle.
Je vais dans le public avec la
ferme intention d’accéder aux premiers rangs malgré
la foule d’adolescents qui se compacte devant la
scène…
Mais c’est impossible, je
n’ai jamais ressenti une telle tension dans l’attente, et
je n’ose pas jouer des coudes.
Cette fois le théâtre est bien rempli, les jeunes dans la
fosse et les adultes sur les gradins… Cette fois le
théâtre est bien rempli, les jeunes dans la fosse et les
adultes sur les gradins…

Hystérie collective...
Les musiciens arrivent, Robert à leur suite, l’hystérie est totale !
Et ça commence
très fort à mon goût avec "Win my train far
home", une de mes préférées.
Robert semble en super forme,
cette fois encore habillé comme un sac: c’était
bien la peine de la repasser, cette chemise informe! Il parle entre les
morceaux, débonnaire et souriant, avec quelques mots en langue
locale, ce qui électrise encore plus tout le monde…
Justin fait plaisir à
voir, très à l’aise sur scène, il danse, les
bras comme les ailes d’un oiseau… Entre le concert de
Berlin en avril 2005 pendant lequel il restait plutôt en retrait
et maintenant, il semble avoir gagner une confiance qui lui permet de
se "lâcher" un peu plus sur scène.
L’intro de "Gallows" me donne des frissons, c’est exactement ce que je
rêve d’entendre: juste la guitare de Justin en volutes
orientales et la voix de Robert mi-blues mi-gospel…
Pendant tout le concert,
j’essaie de faire des photos, mais toutes sont floues tant je ne
peux échapper à la houle violente de la foule et les
hurlements frénétiques, c’en est épuisant!
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