Le style musical arabe et africain est
peut-être actuellement à la mode, mais c'est une musique
qui a hanté Adams pendant des années. Il a passé
une partie de son enfance au Moyen-Orient, en Jordanie et en Egypte,
où son père était ambassadeur britannique.
"Les deux choses dont je me souviens à propos de la musique Arabe
quand j’étais enfant sont : écouter les joueurs de
Barabouka, et l’appel à la prière; pour certain
cela peut sembler un horrible son, pour moi c’est une belle
mélodie. Mes parents vivaient de façon
traditionnelle anglaise donc je ne peux pas prétendre avoir
été immergé dans les cultures locales, mais
j’écoutais ces musiques et je les estimais… "
Il revient à Londres vers la fin des années 70, et
l’émergence du Punk lui donne envie d’acheter une
guitare : "Par le mouvement Punk j’ai
découvert les Clash, j’ai beaucoup écouté de
Reggae et aussi plein d’autres formes de musique noire,
c’est vraiment super la façon dont les Clash pouvaient
vous rendre sensible à toutes ces musiques différentes
…
Un jour en 81, je me baladais dans un magasin, je me
rappelle clairement avoir entendu mon premier disque de Fela Kuti
et ça m’a complètement retourné ! J’ai pensé : bien sûr c’est ça la musique que
j’aime. Et il n’y avait qu’un pas à franchir
pour réaliser que toutes ces musiques arabes avec lesquelles
j’avais grandi étaient aussi "funky" de la
même manière que la musique de Fela était "funky".
Le contact avec la musique arabe l’avait ouvert à toutes sortes d’influences.
"Je suis allé en vacances en Turquie, et quand
j’ai entendu la musique turque, j’en ai instinctivement
compris le rythme, j’ai acheté un saz et j’ai tout
de suite su ce que je pouvais jouer avec, bien sûr pas comme un
musicien turc, mais suffisamment pour commencer à en jouer
dans n’importe quel groupe avec lesquels je jouais à
l’époque."
Au début, ses influences arabes n'ont pas été
très appréciées par les autres musiciens. "Si je
jouais n'importe quoi avec une note arabe, les autres plaisantaient,
"nous sommes bons pour un kebab maintenant, n'est-ce pas ?" disaient-ils !"
Il a finalement rencontré un allié musical : Jah Wobble,
qui a introduit Adams et ses influences dans son nouveau groupe, "Invaders of the Heart", très expérimental
à l’époque. Sa rencontre avec Jah Wobble lui donne
l’opportunité de jouer à sa façon arabisante
et lui donne confiance .
Wobble dit de lui : "à l’époque, Adams
était dur et aimait choquer, mais il était assez large
d'esprit pour ne pas être concerné par mon passé". Justin a passé "huit bonnes années avec Wobble qui sont devenues un peu folles vers la fin".
Il a aussi travaillé avec Sinead O'Connor et Natacha Atlas, que
Jah Wobble lui à fait rencontrer.
Il a également travaillé comme guitariste de session pour plein de
musiciens, dont Peter Gabriel; a joué avec Caroline Dale,
violoncelliste de musique classique dans le projet Ghostland (un
mélange de cordes, thèmes celtiques et de danse).
Il a été producteur pour le groupe français
Lo’Jo, qui mélangent la chanson française et les
influences arabes et africaines, ainsi que pour les Tinariwen, et cela
se ressent dans son jeu de guitare…
A l'occasion du 1er "Festival au désert" (2001) Lo'Jo l'a emmené au Mali. ll raconte :
"Ce voyage était vraiment enthousiasmant pour moi,
c’était si rafraîchissant et si communicatif, il
n’y a pas de réelle séparation entre le public et
les artistes, les gens jouent pour le plaisir et s’amusent en
faisant des rythmes, je me disais : OUI c’est comme ça que
je dois faire de la musique !! Pendant que j’étais
là-bas, j’ai acheté un n’Goni : un luth
à 4 cordes, quand je suis revenu chez moi, j’en ai
joué et j’ai réalisé que
c’était l’instrument que j’avais toujours
cherché, le son sec du désert, le son arabe, mais aussi
un peu comme un banjo, et cela m’a rappelé les vieux Blues
acoustiques du Mississippi que j’ai tant aimé : John Hurt,
Blind Willie Johnson."
Puis il décide finalement de s'attaquer à une carrière
solo, mettant en œuvre les leçons qu’il avait appris
en Afrique et au Moyen-Orient. "J’ai été
frustré par la tendance que la musique "World"
avait d’employer des boucles primitives de tambour en rajoutant
un excédent de voix ethnique par-dessus. Vous
devez commencer avec un rythme qui a le sens du
‘’swing’’."
Son premier album solo est "Desert Road", un mélange
évocateur de blues Anglo-Arabe qui rappelle Ry Cooder ou Ali
Farka Touré. La fabrication de cet album a couté
600£ !!
Il y joue tous les instruments sauf sur quelques titres pour lesquels il a fait appel à son ami Salah Dawson Miller :
"C’est vraiment Dawson qui m’a fait comprendre la
musique Nord Africaine et la façon dont elle est reliée
à l’Afrique profonde et comment elle fonctionne
rythmiquement. Parce qu'une fois que vous comprenez ce rythme, ce
swing, vous commencez à entendre John Lee Hooker ou Muddy Water
façon Reggae, et vous les écouter différemment,
c’est ce qu’ils ont voulu dire avec "It don't mean a
thing, if it ain’t got no swing" (parole d’une chanson Jazzy/blues reprise par beaucoup de musiciens noirs).
Parallèlement il a formé un groupe : "les
Wayward Sheikhs" avec Seyi Akinde un batteur du Nigeria, Simon
Edward à la basse et au sentir Gnawa, Andy Cox à la
guitare et bien sûr Salah Dawson Miller aux percussions.
"C’est un petit groupe serré, je me demandais ce
que ça faisait de mettre autant de musique personnelle dans les
mains d’un groupe : c’est très excitant ! Mon
rêve serait de faire plein de concerts et d’aller plus loin
que le disque, car avec cette base musicale que nous avons, nous pouvons
faire tellement, et j’aimerais tant que nous soyons le genre de
groupe qui emporte presque au niveau de la transe."
La plupart des morceaux sur « Desert road » sont
influencés par la musique d’Afrique du nord et du
Moyen-Orient, et les Wayward Sheiks ont eu l’opportunité
en Syrie :
"Le British Council nous y a amené pour une semaine, nous
y avons rencontré cinq supers musiciens Syriens. Ils avaient
écouté "Desert road" et connaissaient
quelques morceaux, nous-même avions travaillé un peu des
morceaux de musique Syrienne, et nous avons fait deux concerts à
Damas, et un à Alep. Nous étions le premier groupe
à jouer de la guitare électrique à Alep !! C’était comme un rêve qui devient
réalité, et nous avons prévu de les inviter en
Angleterre."
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