Entretien avec Denis Péan
V.V. : Faisais-tu de la musique quand tu étais enfant ?
D.P. : Vers
9 ou 10 ans mes parents m’ont envoyé à
l’école de musique faire de la clarinette. Mais ça
m’ennuyait beaucoup, je ne voyais pas pourquoi je ferais de la
clarinette !..
V.V. : Pourquoi alors ?
D.P. :
Parce que il était de bon ton d’envoyer ses enfants faire
de la musique, ma sœur avait fait vaguement du piano…
j’allais en pleurant faire de la clarinette, je trouvais
ça terrifiant! Un jour, Mme Boulant la directrice de
l’école de musique m’a pris à partie dans la
classe et a dit : "vraiment il n’arrivera jamais à rien
!!!" à présent je suis peut être le seul de toute
cette classe qui soit devenu musicien professionnel ! comme quoi…
Pourtant
j’y mettais de la bonne volonté, j’essayais
d’être normal, quoi… mais je pleurais en y allant,
et puis je ne comprenais pas comment écrire la musique…
Comment est-ce
possible de noter quelque chose qui est dans l’air et le mettre sur
une partition? je ne trouvais aucune réponse à ça…
c’est plus tard quand d’autres m’ont donné le goût de la musique que j’ai compris…
Je
suis issue d’un petit village, 250, 300 habitants à 10 kms d’Angers
dans la commune des Pont de Cé. Il y avait un gars un peu plus âgé que
moi de 3 ou 4 ans et pendant les vacances de pâques je passais toutes
les journées chez lui, avec les volets fermés, dans sa chambre. C’était
un gars qui avait beaucoup de disques, pleins! c’était épatant! Il
avait des disques d’Iggy Pop, des Stooges, Alice Cooper, Lou Reed, Led
Zeppelin…
V.V. : Tu avais quel âge ?
D.P. : J’avais 14 ans à peut près, en 73 ou 74…
Pendant 15 jours, dans le noir, ça avait quelque chose
d’initiatique, quelque chose d’étrange et nouveau
pour moi, comme un sas d’initiation à la
musique…… écouter du rock pendant 15 jours…
V.V. : Une expérience un peu mystique ?
D.P.
: Mystique, oui, car la musique c’est mystique de toute
façon.. et ce son "organique", cette transe
rythmique, archaïque, m’a touché pour la
première fois… j’ai écouté un amas de
son sans pouvoir le comprendre, des gens qui rentrent dans une
dimension quasi anormale, extraordinaire… qui chantent, qui
éructent, qui traduisent un sentiment de découverte du
monde en une musique disloquée, violente… parce que
c’est ça que j’écoutais : une musique
violente avec des sons saturés… je me rappelle il y avait
3 posters dans le petit escalier qui montait a sa chambre, un de Led
Zep, un des Who, l’autre je ne sais plus, Status Quo, quelque
chose comme ça…
Voilà mon initiation à la transe musicale, à cette
façon débridée de toucher aux sons, ça
m’a remué, ça m’a secoué
complètement, transformé… on écoutait tous
les jours des dizaines de vinyles, en regardant les notes sur les
pochettes : qui avait fait quoi, quels instruments, etc…
V.V. : C’est ce qui t’as donné envie de faire de la musique ?
D.P. : Oui je pense qu’instantanément c’était mon
monde… un monde d’émotion auquel je voulais
participer…… sans compter l’effet que font les Rock
stars sur un adolescent.. on peut se sentir super puissant tout
à coup d’avoir un micro dans la main… peut
être aussi que c’est un atout de séduction…
des choses accessoires, mais néanmoins qui forgent la
vie… et puis d’ailleurs la musique n’est-elle pas un
apparat de séduction pour les hommes ? comme les oiseaux
mâles ont de belles plumes, ou un chant pour charmer… je
pense que ça se retrouve aussi dans l’histoire du
Rock…
V.V. : Mais il y a quelques femmes, il y a Janis, quand même…
D.P. : Je vois ça de mon point de vue d’homme, mais dans le
monde du rock il n’y avait pas tant de femmes que ça ...
c’était plutôt un monde de mâles.. de
mâles excités,
tout simplement ...
V.V. : Led Zeppelin était un de tes groupes favoris ?
D.P. : Oui, c’est même la première K7 que j’ai eu
sur mon petit magnétophone: le III. Puis je l’ai eu en
vinyle, ensuite j’ai acheté tous les disques
jusqu’à "Physical Grafiti"… après je
suis passé à autre chose, d’autres musiques
m’ont touché. Par exemple King Crimson qui m’a
donné une autre notion des cordes et de la beauté des
nappes sonores… et là j’ai trouvé peut
être ce qui me touchait plus dans la musique avant même le
rythme ou la mélodie ou le
chant : l’harmonie… les couleurs harmoniques… j’écoutait tellement de disques à cette
époque, tout azimuts!!
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